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La demeure du chaos

lundi 7 janvier 2013, par Isabelle Rambaud

Ah ! Le vrai beau dégueulis, la vision d’enfer. Quand on arrive, on y croit pas, tellement le village respire la bonne pierre et le droit chemin. Saint-Romain au Mont d’Or… le joli nom, une icône sortie des Légendes, une sagesse de bénitier, des rentiers qui cirent leurs façades.

Et puis là derrière le mur, ça sort de partout, ça déborde, ça éclate, ça vous pète à la figure. Une orgie de fer et d’acier, la maison du chaos. J’hallucine, j’y crois pas.

Fini le Domaine de la Source, fini la tranquillité peinarde. Faut du gravas, des ragotons, des bombes, de la peinture en grandes coulées, des armes à feu, du crachat d’hélico.

Le 11 septembre, il est passé par là, en direct, la mort en cratère chevauchant des météorites, hurlant comme un cyclone atroce, s’écartelant de la cave au grenier ; que ça gicle du noir, du bien sanglant, de la gadoue à vous coller les yeux pour toujours, de la mitraille à vous les écarquiller pour perpète, des portraits abominables à cauchemarder en plein jour, à finir plus tôt que prévu.

Les artistes, y en a des centaines, des œuvres par milliers, même 3123 qu’ils les ont comptées ! Et les amateurs, ils viennent en rangs serrés, les bourges qui se trémoussent pour avoir l’air de s’y connaître, les jeunots des galeries, les copains qui signent la pétition, ça fait des queues plus qu’à Versailles ou à l’Expo. Mais c’est des mondes qui se connaissent pas.

Les autres, ils se tirent des larmes de voir ça, ils peuvent pas le supporter ; la mairie a piqué du crêpe à son drapeau ; ils font tous carême. Parce que, la fin du monde, c’est pas humain de l’avoir sous les yeux, là comme un reproche vivant.

Qu’est-ce qu’on a fait de mal, qu’ils se disent. On voulait pas voir ça. On a rien demandé. C’est trop répugnant ce qu’on va devenir. Ils disent que c’est de l’art mais nous on en veut pas, pas de ce genre-là. Dans les friches à la rigueur, dans la zone, ça pourrait aller, mais pas chez nous. Il faut bien détruire tout ça, revenir au temps d’avant, faire table rase. Qu’on en parle plus. On s’en fout des fins du monde. Nos maisons, elles valent plus rien.

Alors ils ont sorti les articles et les tables de la loi et ça y va des avocats, des robes noires, des plaidoyers, des engueulades sur Internet et des postillons au tribunal.

On vocifère, on se traite de réac ou de p’tit con, c’est selon. Le proprio, lui il protège son chaos, il veut pas qu’on y touche, il ameute le ban et l’arrière ban. Comme victime, c’est mieux que Baudelaire et Flaubert réunis.

Le fric, en attendant, il est pas perdant et ça c’est LE grand Art ! Avec lui, on en a pas fini...

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