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La tête des artichauts

samedi 17 décembre 2016, par Charles Duttine

La mythologie a inventé Vulcain, personnage laid, au corps difforme vivant dans la familiarité du terrifiant feu de l’Etna et dont pourtant, l’épouse Vénus est l’incarnation de la beauté. D’autres versions lui prêtent une compagne des plus gracieuses. Il y a souvent un petit pas entre le repoussant et ce qui subjugue. La laideur n’est pas si éloignée de la beauté. Un rien sépare parfois ces deux extrêmes. Et encore plus simplement, une chose laide de l’extérieur peut receler une beauté derrière sa carapace.

Ainsi en est-il d’un modeste artichaut dont l’apparence rugueuse au regard et la forme rêche et piquante au toucher invitent à l’éviter au premier abord. Voyez un champ d’artichauts. Il y a en lui quelque chose d’inquiétant voire de fantastique avec toutes ces têtes difformes et biscornues, bien loin de la forme lisse et fluide d’un champ de blé ou d’orge.

Pourtant une fois cuit, la dégustation de l’artichaut s’apprécie au fur et à mesure. Si son apparence est masculine et rude, son intérieur est fait de douceur quasi féminine. Il y a du Vulcain en lui et de Vénus. Les premières feuilles laissent une légère aigreur, puis, petit à petit, c’est la tendreté des fibres qui se savoure, jusqu’au cœur de l’artichaut si fondant qu’il disparaît dans notre palais si vite qu’on regrette d’en avoir déjà terminé, et d’avoir pensé tant de mal de ce sympathique végétal.

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