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Le pastiche par Xavier Gélard

lundi 12 septembre 2011

Dans le numéro 1 de la revue Vert Pastiche, Xavier Gélard décrivait le pastiche.

L’Épanchement du singe dans la vie réelle

La revue Vert Pastiche s’occupe des pastiches. Jusque-là, tout est clair.

Mais qu’est-ce qu’un pastiche ? Quelque chose entre la parodie et l’assimilation, nous dit le dictionnaire. De la « littérature au second degré », dirait Gérard Genette. Soit : une appropriation patiente et obstinée des tours, des tics et, aussi, du traitement qui font, en dernière analyse, un texte, une œuvre. Non pas comme le Maria Wutz de Jean-Paul Richter qui, ne pouvant s’acheter les livres qu’il souhaite, décide de les écrire, et devient l’auteur (l’auteur second) des Souffrances du jeune Werther, des Rêveries du Promeneur solitaire, annonçant le Pierre Ménard de Juan Luis Borgès. Le pasticheur ne se propose pas de forger des livres de toutes pièces, ou même de refaire les livres qu’il a aimés. Il cherche plutôt à trouver la formule qui lui permettra de les lire encore à travers le texte qu’il écrit.

Non pas, encore, faux-monnayeur, contrefaisant dans la nuit de son laboratoire des billets qu’il fera circuler par la suite. Non pas Baldani du Parfum de Patrick Süskind, obsédé par l’idée de retrouver la formule du concurrent Pelassier afin de redorer son blason. Non pas forgeur de faux. Mais un singe, ni plus ni moins.

C’est-à-dire ? À la fois imitateur, bouffon, parodiste et chercheur. Le pasticheur s’attaque à l’œuvre originale, parce qu’il entend revenir, à conte-courant, à la source qui l’a vue naître. Autrement dit : au travers du pastiche, il est plus aisé d’apercevoir l’œuvre première. Le pastiche est une lumière jetée sur un entrelacs, une manière de dénuer ce qui avance groupé, insondable, obscur, dans l’œuvre originale. Un moyen de la rendre lisible sans l’affadir par une quelconque réduction. De même que l’on regarde mieux l’homme quand on a vu le singe, quand on lit ou écrit le pastiche on peut saisir les mécanismes intimes d’une œuvre, sans cesser de l’aimer. On peut l’approcher d’une autre manière et y faire son lit, sans prétention mais sans honte non plus.

Le pastiche est une pathologie de lecteur. Un hommage implicite, pas un meurtre du père.

On dit parfois que le diable singe Dieu ; on veut sûrement entendre qu’il le pastiche.

Xavier Gélard

Voir en ligne : Vert Pastiche

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